Brève histoire du tourisme américain

Cet été, vous comptez aller à la page, dans un parc national ou peut-être dans un camping local, en plein air et à la belle étoile ? Aujourd’hui, ces voyages sont relativement à la portée de la famille américaine moyenne. Contrairement à la France qui justifie d’une tradition touristique depuis plusieurs siècles, le tourisme interne aux Etats-Unis est relativement récent. Les USA sont un pays fascinant !

Les chutes du Niagara : le premier « point chaud » de l’histoire du tourisme américain

Les premiers colons européens en Amérique étaient tout simplement trop occupés à gagner leur vie pour prendre des vacances. En outre, les valeurs puritaines et anglicanes découragent le fait de se prélasser dans une plage en sirotant des cocktails. Et pourtant, dès les années 1660, certains Américains voyageaient pour se détendre, se rendant souvent dans des spas et des sources minérales. Parmi ceux qui plébiscitaient les belles sources d’eau de Virginie se trouvait un certain George Washington. Bien qu’on ait prétendu pendant de longues décennies que ces lieux avaient le pouvoir de guérir les malades de certaines pathologies articulaires et dermatologiques, ces expéditions étaient d’abord des occasions de changer d’air et de passer du bon temps en famille.

Au début du XIXe siècle, quelques destinations touristiques pittoresques sont devenues des « points chauds » dans tout le sous-continent de l’Amérique du Nord. La première destination à atteindre ce rang était bien sûr les chutes du Niagara, à la fois du côté canadien que du côté américain. Dans les années 1860, la destination deviendra si populaire que les voyageurs commenceront à se plaindre des guides un peu trop entreprenants et des vendeurs de souvenirs qui perturbaient l’expérience des touristes. Les spécialistes de l’histoire du tourisme américain estiment que moins de 1 % de la population du pays avait visité une destination touristique en 1860.

L’évolution des chemins de fer puis la démocratisation de la voiture

Le tourisme a commencé à gagner en popularité après la guerre civile, en grande partie grâce au développement des chemins de fer. Bien entendu, c’était encore une activité réservée à l’élite. Les trains amenaient les voyageurs à Jersey Shore et sur la côte de la Floride, et les hôtels fleurissaient de Coney Island à San Francisco. Les Américains « urbains » se sont dirigés vers les montagnes pour des excursions, des randonnées et des nuits à la belle étoile, tandis que les ruraux ont exploré les restaurants et les curiosités des grandes villes. Comme le transport était lent et exigeait une longue planification préalable, les touristes ne voyageaient que pour des séjours prolongés. La donne a commencé à changer au début du XXe siècle lorsque les voitures ont commencé à peupler le paysage. Les promoteurs ont construit des motels pour les routiers, puis des chalets et des hôtels. De petites attractions locales sont apparues un peu partout et les principales destinations ont été progressivement desservies. En 1916, environ 30 000 visiteurs se sont rendus au parc national de Yellowstone, la plupart s’y sont rendus en train. Deux décennies plus tard, 409 000 personnes sont arrivées au parc en voiture, signant ainsi un tournant décisif dans l’histoire du tourisme interne dans ce qui deviendra progressivement la plus puissante économie au monde. Il faut aussi dire que le côté « kaléidoscope » du pays contribue au succès du tourisme interne.

« C’est simplement l’élite qui a changé » !

En 1930, plus de 5 % de la population américaine se rendait chaque année dans une attraction touristique bien connue, tandis que d’autres préféraient les espaces sauvages qui ne bénéficiaient d’aucun aménagement et qui n’exigeaient aucun frais d’entrée. L’idée de prendre des vacances avait commencé à se répandre dans la classe moyenne. La forme de tourisme que l’on connait aujourd’hui a peut-être été établie par la Seconde Guerre mondiale, mais l’ampleur de l’activité a radicalement changé au cours des années d’après-guerre, où la joie de vivre gagnera les foyers. L’augmentation du nombre de propriétaires d’automobiles, l’évolution positive de la richesse de la classe moyenne, l’apparition de nouveaux avantages dans les entreprises (congés payés, vacances offertes) et l’avènement du transport aérien ont tous contribué à l’essor du tourisme interne aux Etats-Unis.

Et ce boom se poursuit encore aujourd’hui. Cette année, plus d’un tiers des Américains prendront des vacances en famille. Bien sûr, ça veut toujours dire que les deux autres tiers ne le feront pas. Comme l’a souligné un récent article du New York Times, de nombreuses familles du pays n’ont pas les moyens de prendre des vacances ou d’envoyer leurs enfants à la plage, à la montagne ni même dans une ville voisine. Dans une certaine mesure, les vacances demeurent une activité d’élite… c’est simplement l’élite qui a changé !